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10.12.2006

Le Dandin de la farce*

Mon collègue Thierry Meury est passé hier à la moulinette de l'interview express du Matin Dimanche.
Je ne suis certes ni Larry Page, ni Sergey Brin, mais je n'ai pas trouvé cet entretien sur le site du journal. C'est donc qu'il n'y doit pas figurer.
Le voici donc.

INTERVIEW EXPRESS

Thierry Meury

Fonction Acteur, humoriste, l’un des auteurs de la Revue de Genève
Naissance 21 janvier 1966

Le Conseil municipal genevois menace de couper, le 16 décembre, les subventions à la Revue. Votre réaction?
– L’incompréhension totale. La ville de Genève n’a pas de déficit. Il faut donc croire que le motif est ailleurs. Jusque-là, il n’y avait que deux sortes de gens qui pouvaient prendre ce genre de décisions sur la planète: les mollahs et Bush. Maintenant Genève a ses intégristes. Chacun est libre d’aller voir un spectacle ou pas, mais lorsque la politique sanctionne un contenu culturel, c’est de la censure. Une dérive très inquiétante.
– On reproche aux auteurs d’avoir été sexistes, notamment dans le sketch sur Monica Bonfanti, qui parle de «tournante»?
– Le sketch montre des flics qui embarquent une exhibitionniste en pleine nuit sans savoir que c’est la cheffe de la police. J’aimerais rappeler que, dans ces cas-là, il est rare que les flics parlent en alexandrins. Ils sont vulgaires et font des plaisanteries grasses. Et puis Madame Bonfanti s’était transformée elle-même en hôtesse du Salon de l’auto en posant sur un capot de voiture. Nous lui avons mis une tenue légère, c’est tout. Cela pose une question plus profonde: comment un satiriste doit-il représenter une femme pour que cela soit accepté: en haillons avec des pustules? Ou alors faire comme s’il n’y avait pas de femmes aux commandes des institutions, ne plus jamais parler de celles qui sont aux postes élevés?
– Devant les critiques, Pierre Naftule a supprimé le mot «tournante» du sketch. N’a-t-il pas créé un précédent d’autocensure?
– Moi, j’aurais laissé le mot, mais je n’ai pas été consulté. Je comprends son raisonnement sur le désir de ne pas blesser, mais on peut parfois ouvrir des brèches avec des bonnes intentions.
– Certains laissent entendre que le spectacle est médiocre?
– Ce n’est pas mon avis, mais ils ont le droit de le penser. Cela dit, si c’était un critère, il faudrait ôter pas mal de subventions à Genève. Qu’ils assument, qu’ils osent aller dire aux 45 000 spectateurs de la Revue qu’ils sont allés voir une merde.
– Les libéraux disent que l’absence de subventions va vous permettre de «retrouver du mordant». Pas faux?
– C’est ridicule. Qu’ils nous laissent les subventions et gardent confiance: nous aurons du mordant l’an prochain sur l’absence de logements, le prix des loyers, les régies, les banques, tous leurs copains.
– La menace vous décourage-t-elle de poursuivre l’an prochain?
– Vous nous imaginez faire une avant-première devant les politiques, tous les ans, pour qu’ils décident si on a droit à la subvention ou pas? Non, il faut se rebeller à chaque fois que la liberté d’expression est mise en cause. S’ils font cet acte de censure, je crois qu’il faut tout arrêter, jeter l’éponge. Qu’ils demandent à un de leurs copains d’écrire le spectacle. Quelqu’un de bien lisse, sans opinion sur rien, ni sur les hommes, ni sur les femmes, ni sur la politique, ni sur le prix du beurre. Ils feront une gentille petite opérette.


© Le Matin Dimanche (10.12.2006)

 

* Thierry Meury est à l'affiche de Georges Dandin de Molière, mis en scène par Raoul Pastor au Théâtre des Amis jusqu'au 31 décembre.